Alors que dans tout l'Hexagone les soldats du feu fêtent leur sainte patronne, Jacques Avez, commandant honoraire, ancien Chef de Corps des Sapeurs-Pompiers de Sissonne, évoque une figure locale dont la « conduite héroïque et le dévouement » inspirent un respect légitime.
Le 25 décembre 1944 René Fleury, Chef du Corps des Sapeurs-Pompiers de Sissonne, quittait un monde cruel dans la misère d'un camp de la « Mort lente».
René Fleury était né le 17 janvier 1893, à Thillois, dans la
Marne où son père était instituteur.
Mobilisé dès le début des hostilités, il est fait prisonnier lors de la
prise de Longwy et s'évade au Luxembourg. Il y vit pendant deux
ans dans une demi-clandestinité avant d'être dénoncé par une
Luxembourgeoise. Il sera arrêté et interné en Allemagne au camp de
Königsbrück, en Saxe. Il tentera quatre fois de s'évader en vain
avant d'être enfin libéré et de regagner Sissonne en 1919.
Il s'installera comme artisan-plombier et commerçant en quincaillerie.
Pendant la seconde guerre
mondiale, il organisera une filière d'évasion à partir de la Belgique.
Sissonne se trouvant en zone interdite, René Fleury fait franchir la
ligne de démarcation près de
Neufchâtel-sur-Aisne, à de nombreux prisonniers français évadés
qui désiraient rentrer chez eux, en
zone dite Libre. Des aviateurs alliés abattus au cours de missions
aériennes en bénéficièrent également ainsi que des jeunes gens, à
partir de février 1943, peu désireux de se plier au S.T.O.
Contacté en janvier 1943 par le « Spécial opération executive »,
il est versé à la « French Section » dirigée par le colonel anglais
Maurice Bùckmaster et intégré au réseau « Musician Tell », branche
action qui couvre une partie de la Picardie et de la Normandie.
Il perçoit alors des explosifs et du matériel en vue d'actions de
destruction. Le tout est caché dans les Marais de la Souche, près
de la Montinette. Ces armes seront ensuite immergées, après son
arrestation, par Maurice Plumet et son fils Georges.
A la suite du démantèlement du
réseau « Musician Tell » par le SD allemand, il est arrêté le 22 janvier
1944 à Reims, alors qu'il se trouve dans une clinique, rue Noël, pour
y subir une intervention chirurgicale. Transféré à l'Hôpital de la Maison Blanche,
il y reste sous surveillance jusqu'au début du mois de mars. Il sera alors conduit
à la prison de Saint-Quentin pour y être interrogé par la Gestapo.
En avril 44, il passe en jugement
devant un tribunal militaire et est condamné aux travaux forcés à
perpétuité. Acheminé sur le camp de Royalieu-Compiègne, il fait
partie du convoi de la mort du 11 mai 1944 et se trouve interné
au camp de représailles de Hambourg-Neuengamme. Il y mourra le 25 décembre 1944.
René Fleury, entré au corps de sapeurs-pompiers de Sissonne en
1920, chargé de son commandement en 1934 fut nommé lieutenant.
Reconnu à titre posthume comme agent P2, assimilé au
grade de sous-lieutenant, il a reçu à titre posthume la Croix de guerre
1939-45 (décret du 12 mai 1948), la Croix de chevalier de La
Légion d'Honneur (décret du 5 mars 1950), la Médaille de la Résistance (décret du 4 octobre 1954).
Comment la ville pouvait-elle rendre hommage à René Fleury ? Lui donner le nom d'une rue ? Mieux ! celui d'une place.
Il fut décidé de rebaptiser la place de la "petite Roize", celle où se situe le monument en l'honneur des morts pour la patrie.
Elle s'appelle à présent "Place René Fleury".
Source : Jacques Avez
Mise en page : P.H.